#Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2025

Gardiens : tirs au premier poteau

FIFA, 23 sept. 2025

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Selon un adage bien ancré dans le milieu du football, les gardiens ne sont pas censés encaisser de but au premier poteau. Cette idée tient en grande partie du fait que c’est à cet endroit de leur cage qu’ils se tiennent lorsque les attaquants adverses s’approchent depuis un côté ou repiquent dans l’axe.

Néanmoins, lors de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2025™, une hausse de 35,7 points de pourcentage par rapport à la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ a été constatée en ce qui concerne les buts inscrits par un joueur en faux pied après une course vers l’intérieur, c’est-à-dire par un joueur ayant marqué du pied droit après avoir repiqué vers l’axe depuis le côté gauche, ou, inversement, ayant marqué du pied gauche après avoir repiqué vers l’axe depuis le côté droit. Par souci de concision, nous parlerons ici de but ou tir faux pied. Par ailleurs, les tentatives au premier poteau ont augmenté de 4,6 points.

Dans cet article, nous présentons donc les données collectées en la matière pour tenter d’expliquer les raisons qui se cachent derrière ces observations. La hausse de la part de tirs faux pied ainsi que les taux de frappes cadrées et de tirs convertis en but plus élevés semblent indiquer une volonté de la part des équipes de cibler le premier poteau.

Pour cette étude, l’équipe Analyse des performances et tendances du football a uniquement pris en compte les tirs du pied (droit ou gauche), et a exclu ceux tentés à l’intérieur de la surface de but et depuis le couloir central. L’objectif recherché est d’identifier avec précision les différentes manières d’amener ces tirs au premier poteau. Afin que les frappes soient prises en compte, la zone visée doit également se trouver à deux mètres ou moins du premier poteau.

Principaux enseignements

  • Le taux de tirs faux pied au premier poteau enregistré lors de la Coupe du Monde des Clubs 2025 (26,3%) est plus élevé que le taux de tirs au premier poteau en général lors de Qatar 2022 (21,4%).

  • Les tirs cadrés par un joueur en faux pied repiquant dans l’axe depuis la gauche ont augmenté entre Qatar 2022 et la Coupe du Monde des Clubs.

  • En revanche, la part de tirs cadrés par un joueur en faux pied venant de la droite a légèrement baissé.

  • Entre Qatar 2022 et la Coupe du Monde des Clubs, le nombre de tirs du gauche depuis le côté gauche a baissé, tandis que les frappes du droit depuis le côté droit ont augmenté.

Pascal Zuberbühler, expert senior du Groupe d’étude technique, explique : « Les gardiens subissent plus de frappes au premier poteau, sur des courses des attaquants partant d’une position excentrée pour aller vers l’intérieur. Traditionnellement, il était plus courant de voir les gauchers venir de la gauche et les droitiers de la droite, ce qui exigeait un certain placement et une réaction particulière de la part du gardien et du défenseur à proximité du porteur. Mais lorsqu’un droitier repique de la gauche ou qu’un gaucher repique de la droite, la situation est totalement différente pour la défense. »

Pour analyser la nature de ce genre d’occasions, nous nous focaliserons à la fois sur les caractéristiques de ces frappes et sur l’attitude des gardiens. Comme on peut le voir dans les vidéos 1 et 2 ci-dessous, l’angle de frappe beaucoup plus ouvert créé par l’attaquant contraint en effet les défenseurs et le gardien à ajuster leur placement et leur intervention.

(1/2) Vidéo 1 : le milieu de River Plate Franco Mastantuono repique dans l’axe depuis la droite pour frapper du pied gauche.
(2/2) Vidéo 2 : l’ailier du Paris Saint-Germain Désiré Doué repique dans l’axe depuis la gauche pour frapper du pied droit.

Tirs faux pied

Les tirs faux pied, c’est-à-dire effectués par un joueur repiquant dans l’axe pour tirer avec le pied opposé à son côté de provenance, ont mené à davantage de buts que les tirs « bon pied ». Quand un joueur arrive de la gauche pour frapper du droit (ou inversement), il s’ouvre de nouveaux angles pour trouver le but. Dans ce genre de situations, six buts de plus ont été inscrits lors de la Coupe du Monde des Clubs 2025 par rapport à Qatar 2022.

Entre les deux compétitions, la part des courses vers l’axe depuis le côté gauche ayant abouti à un tir faux pied cadré a progressé de 8,4 points, en passant de 20,7% à 29,1%. Pour les tirs faux pied cadrés à la suite d’une course venant de la droite, le chiffre accuse une légère baisse de 0,2 point et passe de 22% à 21,8%. Les frappes cadrées au premier poteau sont davantage provenues du côté gauche, ce qui suggère une meilleure qualité d’exécution de la part des ailiers ayant le profil pour réaliser ce genre d’enchaînement, ou bien des schémas de jeu plus efficaces pour isoler les défenseurs et ouvrir l’axe.

De plus, 75,7% des tirs faux pied au premier poteau ont été placés près du sol, contre seulement 1,4% en hauteur (voir le graphique 3/3 ci-dessous).

Le point de vue de l’attaquant :
Le fait de repiquer dans l’axe pour enchaîner avec un tir faux pied induit plus naturellement une frappe près du sol. Pascal Zuberbühler explique : « Quand l’attaquant rentre à l’intérieur depuis le côté gauche pour se mettre sur son pied droit (comme le fait Kylian Mbappé), on peut lire son orientation corporelle, au niveau des hanches et des épaules, au moment où il pose son pied d’appui. Si ses épaules sont dirigées face au gardien [voir les images ci-dessous], il est compliqué pour lui d’ouvrir suffisamment son pied pour frapper au second poteau. Mais si ses épaules son orientées en direction de la ligne de touche opposée, c’est qu’il va probablement tirer au deuxième poteau. »

Le point de vue du gardien :
L’expert de la FIFA poursuit son analyse : « Le gardien doit savoir quel pied l’attaquant va utiliser, car l’orientation de ses épaules peut alors lui donner une indication sur l’endroit où va partir la frappe. C’est également un élément que les défenseurs doivent connaître, et il est très important que le gardien travaille ce genre de situations avec eux à l’entraînement. »

Les deux vidéos ci-dessous présentent des tirs faux pied au premier poteau et ont été sélectionnées par Pascal Zuberbühler pour montrer les angles qui s’ouvrent à l’attaquant. Elles permettent également de voir comment le gardien et ses défenseurs peuvent se placer pour les fermer.

(1/2) Vidéo 3 : le milieu de la Juventus Kenan Yildiz (numéro 10) repique dans l’axe depuis la gauche pour marquer d’une frappe du droit au premier poteau.
(2/2) Vidéo 4 : Kingsey Coman (numéro 11), l’ailier du FC Bayern München, repique dans l’axe depuis la gauche avant de tenter une frappe puissante du droit au premier poteau.

Tir même pied

Lors de la Coupe du Monde des Clubs 2025, 36 frappes depuis le côté droit ont été tentées du pied droit. Elles représentent ainsi 30,6% de l’ensemble des tirs au premier poteau, soit une augmentation de 9,8 points par rapport à Qatar 2022, où seulement 27 tentatives de la sorte avaient été enregistrées (soit 20,8% de l’ensemble des tirs au premier poteau). Pour les frappes du gauche provenant de la gauche, ce chiffre connaît une baisse de 4,3 points entre les deux éditions et passe de 37% du total des tirs au premier poteau à 32,7%.

Corrélée à l’augmentation des tirs au premier poteau du pied droit après avoir repiqué depuis la gauche, cette baisse semble indiquer une plus grande propension au recours à des ailiers inversés, ou faux pied, et donc une approche tactique différente dans les choix offensifs des équipes en fonction des côtés. À droite, on constate une augmentation des tirs même pied, associée à une légère baisse des tirs faux pied.

D’après Pascal Zuberbühler, « il est plus facile de défendre sur des frappes même pied au premier poteau, ne serait-ce qu’en analysant l’orientation corporelle du porteur. Les défenseurs peuvent prédire plus facilement où la frappe va partir, et ils doivent couvrir le second poteau pour laisser le gardien fermer le premier, où la menace est plus grande. Dans ces situations, le gardien a une zone plus petite à défendre, qui correspond à l’espace entre le premier poteau et le défenseur, puisque ce dernier couvre le reste de la cage. Connaître le pied fort de l’attaquant permet aux défenseurs de savoir comment se placer et quel poteau défendre. C’est un élément crucial qui est associé à une évolution récente du jeu. La manière de défendre sur un droitier qui s’apprête à tirer en venant de la droite est totalement différente de la manière de défendre sur un gaucher qui repique depuis la droite pour frapper, et inversement. »

Les deux extraits ci-dessous choisis par Pascal Zuberbühler donnent des exemples de frappes même pied au premier poteau. Elles montrent les angles de tir qui s’ouvrent à l’attaquant dans ces situations et permettent également de voir comment le gardien et ses défenseurs peuvent se placer pour les fermer.

(1/2) Vidéo 5 : le milieu du Real Madrid Jude Bellingham repique dans l’axe depuis la droite avant de revenir sur son pied droit pour frapper.
(2/2) Vidéo 6 : le milieu du SE Palmeiras Richard Ríos (numéro 8) part en conduite en direction du but avant de frapper du droit depuis le côté droit.

Défendre le premier poteau

Le taux d’arrêts des gardiens est plus faible sur les tirs faux pied (tirs du gauche depuis la droite et du droit depuis la gauche) que sur les frappes même pied. Sachant que plus de 75% des frappes au premier poteau sont placées à moins de 0,81 mètre de hauteur, les gardiens doivent se préparer suffisamment tôt à intervenir au sol.

À en juger par la différence d’efficacité des gardiens (10 points de pourcentage) sur les deux types de frappes étudiés, il semble que les arrêts sur des tentatives d'un joueur évoluant en faux pied soient plus difficiles à réaliser. En effet, les gardiens ont repoussé 70% des tirs faux pied au premier poteau, contre 80% des tirs même pied au premier poteau.

De plus, les gardiens qui se trouvaient en position d’attente au moment de la frappe affichent un taux d’arrêt de 77,4% (96 parades sur 124 tirs subis), contre seulement 56,3% pour ceux qui étaient en mouvement (9 arrêts sur 16 frappes), soit une différence de 21,1 points.

Néanmoins, lors de la Coupe du Monde des Clubs 2025, les gardiens qui se trouvaient en position d’attente au moment d’une frappe au premier poteau ont un taux d’arrêts de seulement 70,2%, contre 88,5% lors de Qatar 2022 sur les mêmes situations. Il convient toutefois de préciser qu’en 2025, les gardiens ont subi beaucoup plus de frappes de ce genre qu’en 2022 (47 contre 26).

Distance par rapport au but

La distance par rapport au but au moment de la frappe est également un facteur essentiel, puisqu’elle influence la vitesse, l’angle et la difficulté du tir, aussi bien pour l’attaquant que pour le gardien.

Bien se placer est primordial pour fermer le premier poteau, réduire l’espace disponible à l’attaquant et optimiser la capacité du gardien à intervenir. Cela inclut d’être capable d’ajuster sa posture rapidement, d’être sur ses appuis et de se montrer explosif face aux tirs qui peuvent survenir depuis différentes distances et différents angles.

Comme le dit Pascal Zuberbühler : « Le placement à adopter par le gardien et ses défenseurs sur des frappes de 6 à 13 mètres du but est différent de celui à adopter sur des frappes de plus de 14 mètres. Ces ajustements sont extrêmement importants et doivent être travaillés à l’entraînement. Sans cela, le joueur qui repique dans l’axe pour frapper pied opposé peut créer des décalages à exploiter.

Par exemple, les défenseurs doivent éviter de se trouver sur la même ligne que leur gardien. Ils doivent plutôt se positionner de manière à protéger le premier poteau et adopter une posture fermée pour éviter qu'une éventuelle frappe au premier poteau ne leur passer entre les jambes et laisser suffisamment de visibilité au gardien pour couvrir le reste de la cage. »

(1/2) Vidéo 7 : l’ailier de Manchester City Oscar Bobb repique dans l’axe depuis la droite pour marquer du gauche en frappant entre les jambes du défenseur.
(2/2) Vidéo 8 : le portier du FC Bayern München Manuel Neuer n’est pas en position d’attente (il est en mouvement) au moment où le Parisien Désiré Doué déclenche sa frappe au premier poteau.

Synthèse tactique

Il est primordial que les entraîneurs des gardiens fassent travailler les différentes situations évoquées, des deux côtés du terrain et depuis différentes distances (0-6 mètres, 6-13 mètres, 14 mètres et plus), car le placement et l’attitude à adopter diffèrent en fonction des cas.

Si un gaucher s’apprête à tirer depuis le côté gauche ou un droitier depuis le côté droit, alors le gardien doit défendre l’espace entre son premier poteau et le défenseur, qui couvre la zone du second poteau. Si l’attaquant est un droitier qui repique dans l’axe depuis la gauche ou un gaucher qui repique dans l’axe depuis la droite, l’orientation de ses épaules et de ses hanches donne une indication sur l’endroit où il va frapper. S’il choisit de tirer au second poteau, le défenseur doit adopter une posture fermée pour protéger le premier poteau et laisser au gardien la visibilité suffisante pour voir l’attaquant et couvrir la zone entre le défenseur et le second poteau.

Dans les situations où la frappe est déclenchée à 14 mètres du but ou plus, l’attaquant bénéficie d’un angle de tir qui lui laisse plus d’options que simplement le premier ou le second poteau. Toutes ces considérations sont à prendre en compte par le gardien au moment d’ajuster son placement, mais aussi par les défenseurs, dont le positionnement peut s’avérer décisif pour le portier, positivement comme négativement. Pour toutes ces raisons, il est primordial que les défenseurs et les gardiens travaillent ces situations ensemble à l’entraînement.

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