#Coupe du Monde Féminine de Futsal de la FIFA 2025

« Je vais essayer de remporter la deuxième, mais la première sera à jamais la nôtre » : Wilson Sabóia après le sacre brésilien lors de la toute première Coupe du Monde Féminine de Futsal de la FIFA™

FIFA, 8 avril 2026

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En décembre 2025, l’équipe du Brésil dirigée par Wilson Sabóia a remporté la toute première Coupe du Monde Féminine de Futsal de la FIFA™. Le Groupe d’étude technique a pu échanger avec le sélectionneur de la Seleção sur le parcours historique de son équipe.

Le Brésil s’est imposé 3-0 face au Portugal en finale, s'imposant ainsi à l'issue d'une compétition exceptionnelle à Manille (Philippines). La sélection sud-américaine a su allier puissance offensive et solidité défensive, marquant 32 buts pour seulement quatre encaissés. Grâce et esprit sportif ont été les maîtres mots des performances de la Seleção, ce qui lui a valu de remporter la Distinction Fair-play de la FIFA. Sabóia nous raconte ci-dessous comment la préparation, la conception des entraînements et la gestion de l’effectif ont façonné la campagne du Brésil.

Avant la compétition : sélection de l’effectif, importance du collectif et approche situationnelle

Comment s’est déroulée votre préparation de 12 mois et en quoi vous a-t-elle aidés à faire face aux imprévus survenus aux Philippines ?

Wilson Sabóia : À vrai dire, je crois que notre préparation a duré 36 mois. La fédération a véritablement pris les rênes du futsal brésilien trois ans auparavant. On a donc passé 36 mois à travailler en vue de la Coupe du Monde 2025. On a suivi 48 joueuses au cours des 12 derniers mois : huit gardiennes de but et 40 joueuses de champ. Notre analyste performance les a suivies pendant dix mois, analysant chaque détail technique, tactique et physique, ainsi que leurs antécédents de blessures, afin de nous aider à prendre les bonnes décisions lors de la sélection finale.

Certains choix n’ont été faits que lors de la dernière semaine, comme le fait d’emmener deux ou trois gardiennes, ainsi que deux ou trois pivots. On avait des doutes sur certains points, mais on a finalement choisi de prendre deux gardiennes, car on savait qu’avec notre style de jeu, on aurait le ballon la plupart du temps et on ne concéderait probablement que cinq ou six tirs par match.

On devait donc trouver le juste équilibre entre attaque et défense. On était convaincus d’avoir fait le bon choix en sélectionnant deux gardiennes exceptionnelles, toutes deux très performantes dans le but et dans le jeu au pied. Cela a apporté de la variété tactique à notre jeu : de la variété à 5 contre 4, face à un bloc bas et face à un pressing haut.

On a commencé à suivre les 48 joueuses en février 2025 et jusqu’au 24 septembre, date à laquelle on a dévoilé la liste des 14. Notre principale préoccupation concernait les blessures. Le risque de blessures était toujours présent, mais on n’a eu aucune blessure grave à déplorer. On a apporté un soin particulier à notre préparation physique et technique, qui a débuté le 20 octobre, afin de réduire ce risque. Sur les 14 joueuses sélectionnées, une seule s’est blessée pendant la compétition (élongation musculaire), mais notre équipe médicale a estimé qu’elle pourrait se rétablir grâce aux séances de kinésithérapie. Elle est donc restée avec nous jusqu’à la finale de la Coupe du Monde, le 7 décembre.

Vous dites avoir suivi un éventail de 48 joueuses, ce qui représente un vivier assez large. Quels ont été les critères qui ont guidé votre sélection finale ?

Les principaux critères qu’on a pris en compte étaient d’ordre technique, tactique, offensif, défensif, physique, comportemental et cognitif, ce qui impliquait de comprendre la philosophie incarnée par l’ADN de l’équipe nationale brésilienne. La plupart des joueuses faisaient déjà partie de l’équipe depuis longtemps et avaient donc adopté notre style de jeu. Même si on s’entraînait ensemble depuis 52 jours, on avait besoin de joueuses qui incarnaient déjà ces qualités.

Bien sûr, certains postes posaient question, mais l’expérience, la maturité et la cohésion du groupe étaient essentielles. Il ne s’agissait pas seulement de sélectionner une équipe de départ, mais de constituer un groupe dans lequel chaque joueuse croyait en notre philosophie. On voulait également des gagnantes, des joueuses qui avaient régulièrement remporté des titres en club et en équipe nationale, et qui avaient toujours cette soif de victoire. C’est donc ce qui nous a guidés dans la sélection de ces 14 joueuses.

Naturellement, si vous demandiez à dix entraîneurs de sélectionner leur équipe du Brésil, vous obtiendriez probablement dix formations différentes, mais on a choisi ces 14 grandes joueuses parce qu’on estimait qu’elles répondaient aux critères technico-tactiques de l’équipe.

Comment êtes-vous parvenus à trouver le juste équilibre entre organisation collective et liberté individuelle ?

Notre équipe regorge de talents individuels, de joueuses de très haut niveau. Mais pour nous, les actions individuelles doivent découler de structures collectives. Le futsal est un sport d’équipe qui s’exprime à travers des actions individuelles. En discutant avec le groupe, on a réalisé qu’à certains moments des matches ou des entraînements, on aurait besoin de joueuses capables de proposer un jeu direct. Mais la priorité pour nous était d’avoir des joueuses qui reconnaissent cet aspect collectif. Les individualités peuvent réussir, mais uniquement dans un cadre collectif.

On a connu plusieurs phases de jeu où des individualités se sont démarquées, mais dans le cadre d’actions collectives. Les sept derniers buts qu’on a marqués (quatre contre l’Espagne et trois contre le Portugal) sont le fruit d’actions individuelles construites sur des comportements collectifs. Les quatre joueuses de champ ont toutes été impliquées sur le premier but contre le Portugal. Taty contre le ballon, Amandinha le conduit et effectue la passe, Ana Luiza conserve le cuir pour libérer un espace entre les lignes et Emilly repique dans l’axe pour conclure.

Le futsal moderne est avant tout un sport d’équipe qui s’exprime à travers des actions individuelles. Et il faut bien garder à l’esprit que, même si un bon jeu offensif peut permettre de gagner un match, il faut une défense solide pour remporter une compétition.

Le futsal moderne est avant tout un sport d’équipe qui s’exprime à travers des actions individuelles. Et il faut bien garder à l’esprit que, même si un bon jeu offensif peut permettre de gagner un match, il faut une défense solide pour remporter une compétition. On a donc énormément mis l’accent sur la défense. On avait une équipe offensive par nature, mais on devait faire comprendre aux joueuses que la défense était tout aussi importante que l’attaque. On a marqué 32 buts et on n’en a encaissé que quatre dans la compétition.

On a pris conscience que la qualité individuelle est importante en futsal. On devait s’assurer que nos joueuses en étaient conscientes, car être une bonne joueuse ne se résume pas à récupérer le ballon et à le passer à une coéquipière. Les cinq sur le terrain doivent effectuer les bons déplacements pour permettre à la porteuse du ballon d’éliminer la défense adverse. On devait s’assurer que les joueuses en étaient conscientes. C’était vraiment important pour nous, car on était l’équipe la plus surveillée de cette Coupe du Monde. Toutes les équipes nous observaient et essayaient de trouver comment nous contrer, comment nous marquer à deux. Toutes les équipes ont essayé.

Mais la solidité défensive doit faire partie intégrante de notre ADN. Et c’est de là que naît notre talent individuel, avec Emilly, Amandinha, Débora, Taty et Ana Luiza. Ces joueuses se sont illustrées, mais dans un cadre collectif. On n’a eu de cesse de leur répéter qu’un bon jeu offensif permet de gagner des matches, mais qu’une bonne défense permet de remporter des compétitions.

Pour Sabóia, le collectif est le terreau de l’excellence individuelle. Les quatre joueuses de champ ont participé à l’action qui a mené au premier but du Brésil en finale.

Chacun des sept derniers buts qu’on a marqués (quatre contre l’Espagne en demi-finale et trois contre le Portugal) était le fruit d’une action collective mêlant des qualités techniques individuelles. Les quatre joueuses de champ ont toutes joué leur rôle lors du premier but contre le Portugal : Taty contre le ballon, Amandinha le conduit et effectue la passe, Ana Luiza conserve le cuir pour libérer un espace entre les lignes et Emilly repique dans l’axe pour conclure. Les quatre joueuses ont participé à l’action. On n’a eu de cesse de leur parler et de leur montrer des vidéos sur le placement à l’entraînement, en leur expliquant que les individualités s’illustreraient au moment opportun, mais que l’équipe devait fonctionner comme un tout. Elles devaient faire preuve d’intelligence en attaque et bien défendre, avec la volonté de récupérer le ballon. Et elles ont compris ce message.

Quelle est LA règle que vous ne laissez jamais personne enfreindre ?

C’est la règle de l’équipe dans son ensemble, du collectif. On dispose de joueuses d’une très grande qualité, mais mon équipe ne peut en aucun cas se permettre de perdre une joueuse, de se désintégrer ou de perdre son équilibre. On a des principes offensifs. On analyse la manière dont l’adversaire s’organise défensivement dans certaines situations, et on doit disposer de principes structurels de base afin de pouvoir agir intelligemment et savoir quand déstabiliser la défense adverse. La règle est de respecter l’organisation tactique et collective de l’équipe, tout en laissant aux individualités la liberté d’apporter leur contribution.

Il y a des moments où des joueuses vont faire la différence individuellement, mais elles sont systématiquement couvertes par la défense. Si on perd le ballon, il y a une couverture, pas seulement assurée par une personne, mais par toute l’équipe. Voici donc la règle : respecter notre ADN, permettre et encourager la créativité, mais dans le cadre d’un système, d’un style de jeu. Et ceci est très clair au sein de l’équipe du Brésil, où on a deux quatuors de prédilection : l’un plus technique et l’autre plus physique. Il y a des moments dans les matches où le jeu est plus physique et d’autres où on doit être plus techniques. Il faut alors trouver l’équilibre entre ces deux quatuors.

Notre analyse a démontré que les équipes qui ont su concrétiser leurs occasions sont celles qui sont allées le plus loin dans la compétition. Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez travaillé l’efficacité de votre équipe devant le but ?

On utilise ce qu’on appelle la « méthode situationnelle », ce qui consiste à reproduire des situations de match et à les travailler à l’entraînement. On a effectué de nombreux exercices sur terrain réduit, comme des 2 contre 2, des 3 contre 3, des 4 contre 3, des 1 contre 1, des 2 contre 1 et des exercices d’attaque-défense sur une aire de jeu de 15 à 20 mètres, afin de travailler notre jeu offensif et notre finition. J’appelle cela « l’estocade ».

Ça ne sert à rien de garder le ballon dans sa moitié de terrain si l’on ne peut marquer que dans les 10 derniers mètres. On doit mettre en place des combinaisons qui acculent la défense adverse et nous permettent de conclure nos attaques. On travaille donc sur la méthode situationnelle avec beaucoup de 2 contre 2, 3 contre 2 et 3 contre 1, et on fait beaucoup de passes, de cassages de ligne et de tirs. Il est plus facile d’arrêter quelqu’un qui dribble, que de défendre contre quelqu’un qui effectue un appel.

Ça ne sert à rien de garder le ballon dans sa moitié de terrain si l’on ne peut marquer que dans les 10 derniers mètres. On doit mettre en place des combinaisons qui acculent la défense adverse et nous permettent de conclure nos attaques.

Sur certains des buts marqués par le Brésil, les joueuses libres étaient difficiles à marquer, alors qu’il était plus facile de défendre sur la porteuse du ballon. On voulait que les joueuses libres se déplacent rapidement, effectuent des courses sans ballon, dribblent et se démarquent de leurs adversaires pour recevoir le ballon dans l’espace. C’était un élément essentiel de la construction de notre jeu collectif. C’est ce qu’on a appelé le « troisième élément ». Le premier élément est la passe, le deuxième est la joueuse qui reçoit le ballon et le troisième est un élément supplémentaire qui n’a aucun lien avec le jeu ou la réception de la passe. Ce troisième élément n’est généralement pas pris en compte par l’adversaire. L’adversaire se concentre généralement sur la défense face aux deux premiers éléments, puis est surpris par le troisième. On a marqué beaucoup de buts de cette manière.

Cela nous a permis de faire la décision, car lorsqu’on organise l’attaque, on réfléchit déjà au repli défensif. On a travaillé les duels pour que notre défense apprenne à neutraliser notre attaque, qui était très forte. Quand on travaillait les duels à l’entraînement, peu de buts étaient marqués car on avait une défense vraiment solide. Si notre défense était efficace, les attaquantes devaient trouver d’autres solutions. On leur a toujours dit : « On va rendre les entraînements plus difficiles pour que ce soit plus facile en match. » Je complexifie les entraînements pour que les joueuses aient plus de facilité à déterminer la façon de jouer en match.

Quand on veut organiser l’attaque, il faut, à mon sens, observer la défense adverse. Au Brésil, on appelle ça « l’effet miroir ». Quand j’organise ma défense, je connais déjà les points forts offensifs et l’approche tactique de l’adversaire. On utilise ainsi ces vidéos [sur l’adversaire] pour planifier des séances d’entraînement qui apporteront aux joueuses la clarté dont elles ont besoin pour prendre les meilleures décisions possibles.

Pendant la compétition : gestion de l’effectif, feedback et gardiennes de but

Pourriez-vous nous expliquer votre gestion de l’équipe pendant la compétition ?

Notre préparation a duré 48 jours, entre la première séance d’entraînement et la finale, le 7 décembre. Le plus important pour moi a été de veiller à ce que l’ambiance soit bonne au sein du groupe. Quand on instaure une bonne ambiance, cela permet de maîtriser les egos et d’éviter que les joueuses ne réclament plus de temps de jeu, ne veuillent rester plus longtemps sur le terrain au détriment d’une autre.

On a organisé plusieurs réunions pour essayer de nous assurer de l’harmonie entre notre environnement et nos préparations physique, technique et tactique. J’ai dit aux joueuses que le plus grand adversaire de l’équipe nationale brésilienne était l’équipe nationale brésilienne elle-même, et que si les joueuses commençaient à penser à elles-mêmes plutôt qu’à l’équipe, nous ne réaliserions pas notre objectif. C’est ce qui m’inquiétait vraiment.

On rencontrait les joueuses tous les trois jours, individuellement et en groupes (gardiennes, ailières et pivots) pour recueillir leurs impressions et essayer de suivre ce qui se passait sur le plan cognitif et en termes de contenu des entraînements. Mais l’idée principale était de veiller à ce que l’ambiance soit bonne afin de développer leur complicité sur le terrain. C’est très compliqué de passer 50 jours avec 14 joueuses au plus haut niveau sans rencontrer de problèmes ni de cas d’indiscipline, et cela a été déterminant dans notre triomphe dans la compétition.

Je pense que les connaissances et la science sont très importantes, mais si l’ambiance au sein du groupe n’est pas bonne, on ne peut pas obtenir de bons résultats et les joueuses ont été fantastiques à cet égard. Elles ont souvent mis leur ego de côté pour aider leurs coéquipières, sachant que le plus important était le résultat ; pas leur résultat à titre individuel, mais celui du Brésil. Les joueuses ont été brillantes en ce sens. Elles ont compris notre message, celui de l'encadrement technique, celui de la CBF.

Tout le monde pensait qu’il serait facile pour nous de remporter la compétition, mais ça n’a pas été le cas. Je pense que ce qu’on a le mieux réussi, avec l'encadrement technique, ça a été de maintenir cette harmonie au sein du groupe. On a créé une ambiance très détendue, mais dans laquelle elles pouvaient s’exprimer et formuler des critiques, toujours de manière respectueuse. Cela a été le facteur déterminant pour nous permettre d’atteindre la finale et de remporter cette première Coupe du Monde.

La clé réside dans le fait d'amener les joueuses à se sentir bien au sein du groupe. Êtes-vous d’accord avec cela ?

C’est là tout le défi, car l’équipe du Brésil comptait cinq ou six joueuses parmi les meilleures au monde. Luciléia était l’une des meilleures au monde, Amandinha pareil, Emilly aussi, tout comme Camila, pour ne citer qu’elles. Débora est aussi, pour moi, l’une des meilleures au monde. Il y a donc six ou sept joueuses qui comptent parmi les meilleures au monde. Comment faire pour convaincre une joueuse de ce calibre de jouer quatre minutes avant de la remplacer ?

Elles devaient comprendre qu’à tout moment, l’équipe sur le terrain était celle qui était la plus à même d’exécuter le plan physique, technique et tactique. Elles l’ont très bien compris. On n’a eu aucun problème relationnel à cet égard. Pourquoi ? Parce qu’on a créé un environnement très détendu et harmonieux avec des joueuses qui voulaient gagner. Cela a été un élément crucial de notre travail, largement corrélé à notre succès final.

Vous avez mentionné que l’un de vos critères de sélection de ces joueuses était leur culture de la gagne et leur expérience. Pourriez-vous expliquer pourquoi il était si important pour vous de vous appuyer sur cette expérience au sein de votre équipe ?

Luciléia, par exemple, a 43 ans et elle a tout gagné : le championnat d’Italie, la Copa América, les championnats du monde universitaires de futsal... absolument tout ce qu’il y a à gagner. Amandinha a été élue meilleure joueuse du monde à huit reprises et Emilly à deux reprises. Elles ont l’habitude de gagner. Les joueuses qui ont l’habitude de beaucoup gagner peuvent parfois avoir tendance à se reposer sur leurs lauriers. Elles peuvent se dire : « Waouh, j’ai déjà tout gagné. J’ai remporté le championnat brésilien, le championnat italien, le championnat espagnol, le championnat portugais. » Elles peuvent donc se relâcher parce qu’elles ont déjà gagné tant de titres.

On connaissait chacune de ces joueuses et on savait qu’elles voulaient remporter la Coupe du Monde de la FIFA. Quand on leur a parlé, leurs yeux se sont illuminés. Elles voulaient ce trophée. C’était le seul titre qui manquait à leur palmarès. Elles se sont donc données corps et âme dans tout ce qu’elles faisaient ; pour elles-mêmes, bien sûr, mais surtout pour le Brésil. Grâce à l’esprit qui règne au sein de l’équipe nationale brésilienne (je fais partie de cette équipe depuis dix ans) et à ma connaissance des joueuses de football et futsal (je travaille avec des joueuses depuis 26 ans), on connaît les capacités de nos joueuses lorsqu’elles sont tournées vers l’objectif.

Même après avoir tout gagné, elles restent performantes lorsqu’elles ont un objectif et elles ont été brillantes dans tous les aspects du jeu. C’était la clé de notre succès.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur le rôle des gardiennes dont vous disposez et sur leur importance dans le jeu des joueuses de champ, que ce soit avec ou sans ballon ?

Au moment de dévoiler la sélection, on hésitait entre deux ou trois gardiennes. Pour nous, le futsal moderne a besoin d’une gardienne moderne ; je ne peux donc pas me satisfaire d’une gardienne qui se contente d’arrêter les tirs. Et je ne peux pas me contenter d’une gardienne qui n’est bonne que dans le jeu au pied. Il me faut une gardienne complète. Et on a constaté qu’entre Bianca et Júlia, les deux qu’on a sélectionnées, Bianca était la plus expérimentée.

Elle était ma troisième gardienne lors du Championnat du Monde Féminin de Futsal 2015 au Guatemala et l’expérience qu’elle a acquise au cours des dix dernières années est incroyable. Elle excelle dans le but, elle inspire confiance aux autres joueuses et elle est très habile balle au pied. Et Júlia possède les mêmes qualités. Elle est forte dans le jeu au pied et elle est très grande, ce qui est utile car les équipes ont actuellement tendance à jouer en hauteur et à bombarder notre but. Il y a donc eu des moments où on a eu besoin d’une gardienne très grande.

Ainsi, en collaboration avec Alexandre, l’entraîneur des gardiennes, on a estimé que ces deux gardiennes possédaient toutes les qualités requises pour jouer le rôle de cinquième joueuse, pour faire des passes, pour créer une brèche dans la défense et pour faire preuve de leadership en phase défensive. Bianca est une meneuse, tout comme Júlia. Je pense qu’elles ont toutes les deux tout ce qu’on attend d’une gardienne, sur le terrain comme en dehors, et les autres joueuses les respectaient. Bien sûr, c’était un risque, car on pouvait en perdre une sur blessure et se retrouver avec une seule gardienne, mais j’ai pris ce risque et j’ai pensé qu’il valait mieux prendre deux gardiennes et une pivot, car on est une équipe très offensive. Cela s’est avéré payant.

Les deux gardiennes ont été remarquables. On a encaissé quatre buts en six matches, soit moins d’un but par match. Sur ces quatre buts, deux ont été marqués sur des déviations, un sur coup de pied arrêté et je ne me souviens plus de l’autre. L’adversaire est allé chercher ces buts et nos gardiennes n’étaient en rien responsables.

Le futsal est un sport au rythme effréné et la dynamique peut basculer à tout moment. Quels conseils essentiels donnez-vous à votre équipe lorsque vous disposez de ce temps précieux pour leur parler, que ce soit à la mi-temps ou pendant un temps mort ?

La finale avait lieu à 19 heures le dimanche. On a fait un briefing avec l’équipe la veille, puis on a fait une dernière séance d’entraînement le dimanche matin avant la finale. On appelle ça un « briefing en direct ». On montre des vidéos de tous les déplacements, points forts et points faibles de l’adversaire, afin de préparer l’équipe. Et surtout, toutes les joueuses entrent sur le terrain en sachant exactement ce qu’elles ont à faire, ce qui est crucial. Par exemple, on a marqué de près la gardienne volante adverse. On a encaissé un but, je crois que c’était contre le Japon, alors qu’on menait déjà 5-0. Le tir a rebondi sur la barre transversale, a heurté Júlia dans le dos et est rentré. Notre marquage était très serré. Il ne faut pas oublier que le Portugal a joué avec une gardienne volante pendant douze minutes et l’Espagne pendant sept, et qu’on n’a concédé aucun but contre ces équipes. C’est le fruit de notre travail. C’est notre défense. On avait six joueuses capables de défendre contre la gardienne volante.

Elles savaient déjà ce qu’elles allaient faire. Elles connaissaient déjà les points forts de l’adversaire. Sur quoi est-ce que j’insiste pendant un temps mort ou à la mi-temps ? Je parle d’abord de la défense. J’aime beaucoup les temps morts, que ce soit moi qui les demande ou l’adversaire, car cela me permet d’organiser ma défense, de souligner certains points ou de faire entrer une joueuse qui peut nous apporter un plus.

J’aime beaucoup les temps morts, que ce soit moi qui les demande ou l’adversaire, car cela me permet d’organiser ma défense, de souligner certains points ou de faire entrer une joueuse qui peut nous apporter un plus.

Prenons l’exemple des Portugaises. Une grande partie de leur jeu s’articule autour de la pivot. On souligne donc toujours que, lorsque le ballon se trouve sur l’aile droite, notre joueuse sur l’aile opposée doit reculer pour effectuer un double marquage de la pivot adverse afin d’empêcher la passe. On revient alors sur certaines des choses sur lesquelles on a travaillé à l’entraînement, puis on parle un peu de l’attaque. S’il y a des critiques à formuler, on le fait collectivement. On ne critique aucune joueuse en particulier, sauf si je prends cette joueuse à part pour lui parler en tête-à-tête. Je n’aime pas exposer les joueuses devant les autres. Quand j’ai des critiques à formuler, je le fais au niveau de l’équipe.

Si une joueuse est en difficulté pendant un match ou fait quelque chose qu’on n’a pas travaillé à l’entraînement, on l’appelle pour lui donner quelques conseils. À la mi-temps, je pense qu’il est essentiel de travailler sur l’aspect cognitif, de poser quelques questions. « L’adversaire envoie beaucoup de ballons aériens. Comment on gère ça ? » J’interroge alors une joueuse, Débora par exemple : « On gère ça en fermant l’aile opposée. »

Puis je pose quelques questions à tout le groupe afin qu’on puisse réfléchir ensemble à ces informations, car cela ne sert à rien que l’entraîneur parle pendant que les joueuses regardent le sol. Je dois les impliquer dans ce processus. On pose donc quelques questions, en donnant la priorité à la défense, puis j’organise mon attaque. J’aime toujours aborder la défense en premier, puis l’attaque. 

On avait également une organisation différente pour chaque situation de match. Voici un exemple : lorsque l’autre équipe avait un coup franc près de la surface, j’avais ma structure de quatre joueuses pour défendre. Si on avait un coup franc, j’avais quatre joueuses spécifiques pour mener l’action. J’avais une configuration d’équipe spécifique pour défendre contre une gardienne volante. Comme vous l’avez dit dans votre question, le futsal est un sport très dynamique. Je dois donc avoir les joueuses et l’équipe les plus dynamiques sur le terrain, celles qui seront les mieux armées. Et, bien sûr, on visualisait ça à l’entraînement et les joueuses savaient, sur le terrain, qui allait marquer la gardienne volante et qui allait marquer la meilleure joueuse adverse. On a ainsi pu limiter au mieux les problèmes qui se posaient.

Perspectives d’avenir : laisser un héritage

Selon vous, quelles sont les leçons les plus importantes que votre équipe a tirées de cette nouvelle compétition et de son sacre ? Dans le même ordre d’idées, quelles sont les leçons les plus importantes pour le futsal dans son ensemble ?

Waouh, si je connaissais la réponse, je serais lauréat du prix Nobel ! Tout d’abord, je pense que la leçon la plus importante, comme vous l’avez dit, c’est qu’on a sept ou huit joueuses âgées de plus de 34 ou 35 ans. Ça veut dire que seules une ou deux d’entre elles pourraient être présentes à la prochaine Coupe du Monde en 2029. Notre objectif sera donc d’essayer de former une équipe capable de prendre la relève de ce merveilleux groupe. C’est un projet sur quatre ans qui vise à donner leur chance à de nouvelles joueuses qui cherchent à percer, qui sont douées techniquement et tactiquement, qui comprennent le style de jeu et qui ont elles aussi la culture de la gagne.

On a conquis le titre de championnes du monde, c’est merveilleux, mais on doit désormais se tourner vers la nouvelle génération. On n’aura pas les mêmes joueuses, car dans quatre ans, certaines d’entre elles auront 42 ou 43 ans et on ne sait pas comment elles vont évoluer. On doit donc créer une culture, travailler avec les U-23, les U-20 et peut-être les U-25, avec des joueuses qui ont développé leurs capacités cognitives, qui savent prendre des décisions, qui ont l’esprit de la gagne, qui se distinguent dans leurs clubs en termes de résultats et de visibilité, afin de pouvoir leur donner leur chance.

Mais toutes celles qui enfilent ce maillot auriverde ne sont pas capables de performer. Des joueuses qui brillent souvent dans leurs clubs peuvent rencontrer des difficultés lorsqu’elles intègrent l’équipe nationale brésilienne. On doit créer cette culture pour intégrer ces joueuses au sein du groupe au cours des quatre années qui nous séparent de la Coupe du Monde 2029. Et le futsal ne cesse d’évoluer. Je pense que le changement principal dépend de nous, les professionnels, les entraîneurs et les dirigeants sportifs, car lorsque les choses sont bien gérées, en l’occurrence par la CBF et, en particulier, par la FIFA, cela donne une Coupe du Monde merveilleusement bien organisée…

On doit se plonger dans les aspects scientifiques, explorer de nouvelles méthodologies d’entraînement et essayer de comprendre comment on enseigne le futsal moderne, un sport qui, comme vous l’avez dit, est extrêmement dynamique tant sur le plan tactique que physique.

La CBF s’est chargée de toute la logistique, de la restauration, d’absolument tout. Elle n’a commis aucune erreur et ses responsables du futsal nous ont également apporté tout leur soutien.

Même si on dispose de dirigeants et de professionnels compétents au sein des centres de formation des clubs, chargés de former de nouvelles joueuses, on doit se former davantage encore pour comprendre les méthodes qu’on va utiliser pour leur développement. On doit se plonger dans les aspects scientifiques, explorer de nouvelles méthodologies d’entraînement et essayer de comprendre comment on enseigne le futsal moderne, un sport qui, comme vous l’avez dit, est extrêmement dynamique tant sur le plan tactique que physique. On doit transformer ce sport en quelque chose de beau, comme on a pu le voir avec l’équipe nationale brésilienne.

Mais tout cela prend du temps. On a donc besoin de dirigeants, de professionnels qualifiés, aux côtés de l’équipe d’entraîneurs et, surtout, on a besoin de joueuses de très haut niveau. Cette combinaison de dirigeants, de professionnels et de joueuses, c’est l’avenir du futsal, pas seulement au Brésil, mais dans le monde entier : ça progresse en Argentine, au Portugal, en Espagne, en Europe de l’Est, en Asie, en Océanie et en Afrique ; le futsal progresse rapidement au Maroc aussi. Ce sont des pays qu’on doit encourager encore davantage. On a besoin des États-Unis, de l’Allemagne, de l’Angleterre, de pays qui souhaitent investir dans le futsal, car c’est un sport magnifique. C’est essentiel pour le développement de ce sport, de la base jusqu’à l’élite.

Remporter une Coupe du Monde est un exploit rare. Mais remporter la première Coupe du Monde est unique. Qu’est-ce que cela représente pour vous et vos joueuses ?

*Brandit sa médaille* Je ne la lâcherai pas. Elle est dans mon sac depuis que je l’ai gagnée et je l’emporte partout avec moi. Cette médaille de la FIFA restera avec moi pour le reste de ma vie. Beaucoup d’équipes remporteront la Coupe du Monde, mais le Brésil a été le premier à le faire et cette première médaille est là. C’est la plus belle des choses, une merveilleuse réussite pour nous. On ne gagne rien individuellement ; on ne gagne qu’en équipe. J’ai dit aux filles que gagner était important, mais qu’il fallait gagner dans le respect des règles, en respectant nos adversaires.

On a été auréolées de la Distinction Fair-play de la FIFA. On a commis le moins de fautes et reçu le moins de cartons. C’est fondamental. On respecte nos adversaires, que ce soit dans la victoire ou dans la défaite. C’est fondamental, car cela signifie qu’on est toujours du côté des gens bien. Je pense que l’essentiel, même si on a atteint l’objectif, c’est de se donner les moyens d’y parvenir. Ça ne sert à rien de gagner juste pour le plaisir de gagner. Il faut savoir comment gagner. Il faut aussi savoir comment perdre.

Ainsi, où que j’aille, je suis fier de montrer, non pas mon travail, mais celui de l’équipe nationale brésilienne et celui des instances qui ont permis au futsal féminin de continuer à se développer. La FIFA a été visionnaire en organisant cette première Coupe du Monde et je suis sûr qu’elle sera suivie par beaucoup d’autres. Je vais essayer de remporter la deuxième, mais la première sera à jamais la nôtre ; elle appartient au Brésil pour l’éternité.

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