#Tendances tactiques CDM

Maroc : garder la maîtrise en abandonnant la possession

FIFA, 12 mai 2026

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Alors que la Coupe du Monde de la FIFA 2026™ approche à grands pas, nous revenons sur les principaux éléments tactiques qui ont contribué au parcours des demi-finalistes de l’édition précédente au Qatar. Aujourd’hui, lumière sur la façon dont le Maroc a su contrôler ses matches sans chercher à garder la possession. En conservant un bloc médian avec une grande discipline, les Marocains sont notamment parvenus à empêcher la progression dans le couloir central et orienter l’utilisation du ballon de leurs adversaires.

Lors de l'édition 2022 au Qatar, le Maroc est devenu la première sélection de la CAF à atteindre le stade des demi-finales de la compétition suprême, après avoir éliminé l’Espagne puis le Portugal en huitième et en quart. Le succès des Lions de l’Atlas a notamment reposé sur un choix tactique clair du sélectionneur Walid Regragui : prendre le contrôle des matches tout en laissant le ballon à l’adversaire. Malgré un pourcentage de possession inférieur à 50% lors de six de leurs sept rencontres dans la compétition, les Marocains sont parvenus à garder leur cage inviolée à quatre reprises. Au niveau de la structure, cette approche s’est traduite par un bloc médian extrêmement organisé. Parmi les 32 équipes participantes, le Maroc est d’ailleurs celle qui a passé le plus de temps sans ballon dans cette configuration sur l’ensemble de la compétition. Grâce à cette organisation défensive, les Lions de l’Atlas se sont attachés à fermer les zones centrales afin d’empêcher l’adversaire de progresser directement vers leur but. Cela leur a permis d’orienter le jeu dans des zones où ils pouvaient exercer une pression parfaitement maîtrisée.

Exemple 1 : orienter la construction adverse
Exemple 2 : contrôler l’espace sans avoir le ballon
Exemple 3 : coordonner le pressing côté ballon
Exemple 4 : l’importance de la pression sur le porteur

Points clés

  • Orienter la construction adverse en refusant la progression par le couloir central : Le Maroc s’est efforcé de couper les lignes de passe dans les zones centrales en restant compact et en empêchant les défenseurs adverses de trouver leurs milieux. Ces derniers ont ainsi été contraints de chercher des solutions sur les côtés ou de prendre des risques pour tenter des passes verticales. Cela a contribué à ralentir la relance et rendre le jeu plus facilement lisible pour les Marocains, qui pouvaient alors mieux anticiper et coordonner leurs actions défensives.

  • Coordonner le pressing côté ballon pour fermer les zones centrales : Après avoir attiré leurs adversaires sur les côtés, les hommes de Wegragui étaient chargés d’exercer un pressing collectif exigeant une grande synchronisation entre l’ailier, le milieu axial et le latéral situés du côté où se trouvait le ballon. Cette unité défensive devait constamment s’adapter à la position du porteur et de ses partenaires pour assurer la couverture. Les joueurs ont été capables d’interchanger les rôles afin de presser de manière à protéger le centre du terrain tout en conservant l’équilibre de l’équipe.

  • Conserver un bloc médian dynamique en appliquant un pressing intelligent Le Maroc a su presser avec intelligence en conservant un bloc médian dynamique lors de ses phases sans ballon. Avant de sortir sur le porteur, les Lions de l’Atlas s’assuraient d’abord que la couverture était en place et attendaient le bon moment, de sorte à ne pas ouvrir des espaces dans le couloir central. Sans ces conditions réunies, la priorité était accordée au maintien de la structure défensive.

Qu’est-ce qu’un bloc médian ?

En phase défensive, le bloc médian consiste à garder une structure compacte, tant dans la profondeur que dans la largeur. Ce faisant, les joueurs doivent occuper le deuxième tiers du terrain. L'objectif premier de cette formation est d’empêcher la progression verticale en contraignant l’adversaire à jouer sur les côtés ou en retrait, où le danger est moindre, ou à prendre des risques pour tenter d’infiltrer les zones centrales à plus forte densité. Dans cette configuration, il s’agit de déterminer quand sortir sur le porteur pour tenter de récupérer le ballon et quand conserver la structure afin d’empêcher l’adversaire de jouer vers l’avant. En contrepartie, l’équipe accepte de laisser des espaces sur les côtés, à l’avant du bloc et dans le dos de la défense.

Exemple 1 : orienter la construction adverse

Notre premier exemple est tiré du match de groupe face à la Croatie. Il illustre comment le Maroc s’est appuyé sur son bloc médian pour orienter la relance adverse. Pendant qu’ils laissent les défenseurs centraux croates Dejan Lovren et Joško Gvardiol avancer jusqu’au deuxième tiers du terrain, les hommes de Wegragui adoptent leur structure défensive en 4-1-4-1. Grâce à leur bonne coordination, les différentes unités défensives coupent les lignes de passe verticales tout en mettant en place le pressing.

Cet extrait souligne la volonté marocaine de protéger le couloir central en priorité. Le bloc pousse les Croates à passer par les côtés, tandis que l’unité défensive côté ballon communique pour assurer la couverture avant de sortir sur le porteur. En fin de vidéo, on voit également que cette approche favorise les récupérations hautes et les possibilités de contre-attaque.

Exemple 2 : contrôler l’espace sans avoir le ballon

Extrait de la victoire 2-0 contre la Belgique en phase de groupes, ce deuxième exemple illustre comment les Marocains se servent de leur bloc médian pour contrôler l’espace sans même avoir la possession. Toujours en protégeant l’accès aux zones centrales, les Lions de l’Atlas poussent les Diables Rouges à jouer en retrait ou sur les côtés grâce à la pression constante qu’ils exercent sur le porteur. Leurs adversaires n’ont d’autre choix que de repasser par leur gardien et ne parviennent pas à se montrer dangereux. La vidéo montre comment le pressing coordonné, soutenu par un bloc compact et une bonne couverture, oriente la direction du jeu et permet au Maroc de contrôler l’espace et le rythme de l’action sans avoir à récupérer le ballon immédiatement. Sur cette séquence, les Belges conservent le ballon de manière stérile devant le bloc médian marocain.

Exemple 3 : coordonner le pressing côté ballon

Ce troisième exemple provient du huitième de finale face à l’Espagne. Il illustre un schéma récurrent dans l’organisation défensive du Maroc : le pressing coordonné de l’unité défensive côté ballon sur les attaques provenant des ailes. Tandis que les Espagnols sont attirés vers l’extérieur, le milieu axial, l’ailier et le latéral marocains situés du côté du ballon exercent un pressing synchronisé tout en continuant de protéger le couloir central. La séquence est lancée par l’avant-centre, qui vient couvrir pour couper la transmission avec le milieu espagnol le plus bas. Cela permet au milieu axial côté ballon de sortir sur le défenseur central adverse, empêchant ainsi la progression dans l’axe. Dans le même temps, l’ailier du même côté adopte un positionnement bas et resserré afin de couvrir l’intérieur. Quand le ballon arrive sur le côté, l’ailier sort presser et le milieu axial se replace pour protéger l’axe, de sorte que la pression exercée n’ouvre pas le couloir central à l’adversaire.

Cette unité défensive est accompagnée par l’ensemble du bloc-équipe. L’avant-centre, le milieu défensif et le défenseur central du côté du ballon coulissent en couverture, ce qui permet aux Marocains de toujours disposer de six joueurs pour défendre dans la moitié de terrain verticale où se situe le ballon. Quant aux quatre joueurs restants, ils restent compacts dans la largeur et assurent la couverture en cas de renversement de jeu. Dans la vidéo, on voit bien comment l’organisation à l’échelle de l’unité, soutenue par le reste de l’équipe, permet au Maroc de rester en maîtrise en anticipant ses actions défensives.

Exemple 4 : l’importance de la pression sur le porteur

Notre dernier exemple, encore tiré du huitième face à l’Espagne, souligne l’importance du pressing exercé sur le porteur de balle pour le système défensif marocain. Si la stratégie des Lions de l’Atlas permet à l’équipe de rester compacte et d’empêcher l’accès au couloir central, il laisse de l’espace à l’avant du bloc et dans le dos de la défense. L’unité la plus proche du ballon doit donc s’organiser assez tôt pour réduire les opportunités de jouer vers l’avant de l’adversaire. Lorsque le pressing survient trop tard, la ligne arrière et le gardien doivent analyser la situation rapidement et réagir en réduisant l’espace dans la profondeur. Les défenseurs redescendent d’un cran et le gardien se prépare à sortir si nécessaire. Ici, le pressing tardif des Marocains permet aux Espagnols de jouer par-dessus la défense, ce qui révèle le point faible du bloc médian en cas de pression trop faible. Cette situation contraste avec le comportement habituel des hommes de Wegragui. Quand ils parviennent à rester disciplinés, ils privent le porteur de temps et d’espace, provoquent des prises de décision précipitées et des erreurs techniques, et coupent les solutions à l’intérieur du bloc ou dans la profondeur.

Synthèse

La tactique défensive adoptée par le Maroc lors de la Coupe du Monde 2022 démontre que l’abandon de la possession n’est pas nécessairement un signe de passivité. Lorsqu’il est délibéré et que l’équipe est bien structurée, il peut être une arme pour prendre le contrôle du match. Extrêmement bien organisé, le bloc médian marocain était destiné à empêcher la progression adverse par le couloir central, orienter le jeu vers les côtés et exercer un pressing conforme au schéma anticipé. Plutôt que de sortir constamment sur le porteur, les Marocains se sont appuyés sur leur grande coordination pour déclencher leurs courses aux moments opportuns. En privant ainsi leurs adversaires de temps et d’espace, ils ont provoqué des erreurs et récupéré le ballon dans des zones propices à des transitions rapides et des contre-attaques. Grâce à leur discipline collective et en définissant clairement les rôles de chacun, ils ont pu anticiper et gérer les offensives adverses, tout en conservant leur stabilité défensive et en dictant le rythme du match.

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